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14/09/2011

Quelques infos sur Marcoule

Nucléaire : la transparence contre les peurs

MARCOULE. Quels enseignements tirer de la gestion de l'accident survenu sur le site nucléaire de Marcoule, et des craintes qu'il a fait naître d'un accident nucléaire en France ? L'analyse de Yves de Saint Jacob, auteur, avec Jacques Foos, de “Peut-on sortir du nucléaire ?” (Hermann)

de Saint Jacob Yves

> Par de Saint Jacob Yves Écrivain, journaliste

Edité par Tristan Berteloot  

Le site nucléaire de Marcoule (AFP)

Le site nucléaire de Marcoule (AFP)

 

Tout accident sur une installation nucléaire est dangereux. Il a la gravité spécifique à toutes les industries lourdes, avec en outre les risques de contamination radioactive. La seule réponse possible à ce danger, ce n’est pas la peur, c’est le contrôle et l’information. Mesurer et rendre public.

 

L’accident survenu à l’usine Centraco de Marcoule est un exemple – humainement coûteux puisqu’un salarié est mort et plusieurs autres blessés – de cette relation antagoniste entre la transparence et le fantasme.

 

Soit on se lance dans la description du traumatisme supposé des populations du "triangle noir", autour de Marcoule, avec au passage les arrière-pensées électorales de l’avant 2012. Soit on continue d’améliorer pas à pas les déclenchements d’alerte, les procédures d’information du public, les mesures de contrôle pendant l’accident, et longtemps après celui-ci.

 

Ce sera à l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) , à l’IRSN, aux gestionnaires industriels, aux associations privées comme la CRIIRAD, de dire si l’accident sur le site de Marcoule a des conséquences immédiates ou ultérieures en matière d’émanation d’éléments radioactifs. Apparemment non, mais attendons les chiffres. Ce sera aux pouvoirs publics de dire si l’information du public a été bien faite et si toutes les procédures de réponse en matière de confinement ou d’évacuation étaient prêtes. Ce n’est pas simple, car les décisions se prennent en quelques heures, ou minutes.

 

Il ne nous appartient pas, au Pr Jacques Foos et à moi, de dire si l’accident sur le site de Marcoule a été bien géré. En revanche, nous pensons qu’il est du devoir des scientifiques et des journalistes de travailler ensemble pour donner une information qualifiée sur les questions stratégiques de l’énergie, qu’il s’agisse du nucléaire, du gaz de schiste, du pétrole, des énergies renouvelables.

 

"Peut-on sortir du nucléaire ?", de Yves de Saint Jacob et Jacques Foos. Aux éditions Hermann. Sortie prévue le 24 octobre. 

 

Poursuivre les recherches sur les déchets. Socodei, la filiale du groupe EDF située à Codolet dans le Gard, assure le traitement de déchets de très faible activité. Ils proviennent de la maintenance des installations nucléaires, de la déconstruction de certaines d’entre elles, des hôpitaux et des laboratoires de recherche. Il est intéressant de noter que même si l’on "sort du nucléaire", ce travail devra être mené pendant des décennies et même "ad vitam aeternam" ! Après traitement, il y a des déchets que l’on enterre dans des sacs, d’autres dans des containers en béton. On les recouvre de terre et la vie continue. D’autres déchets, en petites quantités mais très actifs, posent des problèmes bien plus complexes. Des problèmes quasi-philosophiques : ils seront actifs pendant des milliers d’années et bien sûr la responsabilité que nous prenons à l’égard de nos enfants est lourde. Sans oublier toutefois que nos enfants seront à leur tour de grands chercheurs scientifiques et poursuivront les travaux fondamentaux que nous menons. "N’ayons pas peur" de l’avenir, disons nous dans notre livre.

 

Mesurer, contrôler et annoncer partout... Contrairement à ce que beaucoup pensent, le Pr Pellerin et les autres autorités en charge se sont préoccupés jour et nuit des retombées du nuage de Tchernobyl, en plein "pont" du 1er mai 1986. Ils n’ont jamais pensé que le nuage s’était arrêté à la frontière. Mais ils ne rendaient pas les chiffres publics, même s’ils étaient moins élevés que la rumeur le laissait entendre. Depuis, la culture de la transparence a progressé. On l’a constaté en France pendant Fukushima. On mesure tout maintenant, sur tous les points du territoire : la radioactivité, l’électromagnétisme des lignes électriques à haute tension, les ondes de téléphonie mobile. C’est très bien.

 

Mais si tout est sur la table, si les taux d’irradiation des territoires, des aliments, des objets et des hommes sont donnés en détails et en temps réel, bref si la transparence est garantie, alors il ne faut plus agiter le spectre de la menace invisible, mystérieuse, il faut regarder les chiffres avec rigueur et parler scientifiquement de tous les aspects de la radioactivité.

 

Evidemment, ce n’est pas toujours aussi "punchy" que d'agiter les peurs et les fantasmes...

 

 

Yves de Saint Jacob a été ancien rédacteur en chef de l’AFP. Il est l'auteur, avec Jacques Foos, titulaire pendant 25 ans de la chaire des sciences nucléaires au CNAM, de l'ouvrage "Peut-on sortir du nucléaire ?", aux éditions Hermann.

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